Les voyageurs peuvent avoir l’impression d’un paradoxe : le prix du pétrole recule, mais le billet d’avion reste cher. Cette réaction n’est pourtant pas automatique.
Le carburant n’est qu’un élément du prix final, et les compagnies aériennes achètent une partie de leurs besoins à l’avance. Surtout, elles ajustent leurs tarifs en fonction de la demande, du nombre de sièges disponibles et du moment où le billet est acheté.
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Le carburant compte beaucoup, mais il ne détermine pas seul le billet
Le kérosène représente l’un des principaux coûts des compagnies aériennes. Selon l’IATA, il devrait peser 31,4 % des dépenses d’exploitation du secteur en 2026, contre 25,4 % en 2025. L’association estime la facture mondiale de carburant à environ 350 milliards de dollars cette année.
Cette hausse contribue à maintenir les tarifs sous pression. L’IATA prévoit d’ailleurs une progression de 7 % du rendement moyen par passager en 2026, signe que les compagnies cherchent à récupérer une partie de leurs coûts plus élevés.
Mais il serait trompeur de regarder uniquement le cours du pétrole brut. Le prix du kérosène dépend aussi du coût du raffinage et de l’écart entre le pétrole brut et le carburant aviation. Une baisse du Brent peut donc être insuffisante pour provoquer immédiatement une baisse équivalente du carburant réellement payé par les compagnies.
Les compagnies peuvent avoir fixé leur prix du carburant à l’avance
Autre élément important : la couverture du carburant. Concrètement, certaines compagnies utilisent des contrats financiers pour fixer à l’avance une partie du prix qu’elles paieront dans les mois suivants.
L’objectif est de réduire les mauvaises surprises lorsque les cours s’envolent. Mais ce mécanisme fonctionne aussi dans l’autre sens : si le pétrole baisse soudainement, une compagnie déjà couverte à un prix plus élevé ne profite pas immédiatement de toute la baisse.
Lufthansa illustre ce phénomène. Le groupe couvre une grande partie de ses besoins en carburant à l’avance. Malgré cette protection, son directeur général Carsten Spohr a indiqué le 29 septembre que le surcoût lié au carburant en 2026 dépasserait 1,5 milliard d’euros. Reuters indique que le groupe avait couvert environ 86 % de ses besoins en carburant pour 2026.
Le prix dépend surtout du nombre de sièges et de la demande
Pour un voyageur, le prix affiché dépend aussi fortement du remplissage prévu du vol. Les compagnies ajustent continuellement leurs tarifs selon la demande.
Un vol très demandé à Noël, pendant les vacances scolaires ou sur une liaison avec peu de sièges disponibles peut rester cher même si le carburant devient moins coûteux. À l’inverse, une compagnie peut proposer un billet moins cher sur un vol difficile à remplir alors que le pétrole est élevé.
La capacité joue donc un rôle essentiel. Lorsque les compagnies limitent le nombre de vols ou que les avions sont déjà très remplis, elles ont moins de raisons de réduire leurs prix. L’IATA prévoit un taux de remplissage mondial record de 84 % en 2026.
Une baisse du pétrole met du temps à arriver jusqu’au voyageur
Les billets sont également vendus plusieurs semaines ou plusieurs mois avant le départ. Les compagnies prennent leurs décisions tarifaires en fonction des coûts attendus, de leurs réservations et des prix de leurs concurrents.
Associated Press rapporte qu’aux États-Unis, le tarif moyen observé est passé d’environ 405 dollars fin 2025 à 436 dollars au milieu de 2026.
Le média souligne aussi qu’une baisse du carburant ne se traduit pas immédiatement dans les prix, notamment parce que les compagnies doivent attendre que leurs coûts se stabilisent avant de modifier durablement leur stratégie tarifaire.
Pour les voyageurs, le point essentiel est donc simple : un pétrole moins cher peut finir par soulager les compagnies, mais il ne garantit pas des billets moins chers à court terme.
Pour que les tarifs reculent réellement, il faut généralement que le carburant baisse durablement, que la capacité augmente et que la concurrence ou la demande pousse les compagnies à réduire leurs prix.
Sources
- Associated Press – High airfares could stick around even if jet fuel prices fall (anglais)
- IATA – Middle East Disruptions and High Fuel Prices Halve Airline Industry Profitability (anglais)
- Reuters – Lufthansa CEO says jet fuel hit to top €1.5 billion forecast (anglais)
- Lufthansa Group – Risks at an individual level, Annual Report 2025 (anglais)
